« PLUS QUAM CIVILIA BELLA » (VICTOR HUGO : QUATREVINGT-TREIZE) : ANIMALITÉ ET CRUAUTÉ DANS LE ROMAN DE L’OUEST

« Plus quam civillia bella » (Victor Hugo : Quatrevingt-treize) : bestiality and cruelty in “Roman de l’Ouest”
So called “Western roman”, focused on the period of the civil wars during the French revolution between the republicans and the royalists (war of Vendée and “Chouannerie”) represents an important phenomena of the French historical novel in the 19th century. It’s connected with the names of such authors like Victor Hugo or Honoré de Balzac. The article deals with the motifs of cruelty and bestiality, typical for this type of literature. Firstly, the article will point to the origin of this theme in the Vendée literature, connected with the extremely violent character of the civil war. Afterwards, the article will expose some typical forms of this theme: description of terrors and brutality, figures of Chouans presented as savages and characters of mans-monsters. Finally, we will talk about a connection between the theme of the violence and the ideological dimension of the Western roman.

Keywords: French literature, 19th century, historical novel, animality

Dans le présent article, nous voudrions aborder le thème de l’animalité dans le domaine de la littérature historique, plus précisément dans le « Roman de l’Ouest » qui traite de la guerre civile pendant la Révolution française. La représentation de l’histoire dans ce type de littérature est étroitement liée aux motifs de la violence, de la cruauté et de la bestialité humaine. Tout d’abord, nous expliquerons la notion de « Roman de l’Ouest » en évoquant les raisons de sa popularité tout au long du XIXe siècle. Nous parlerons ensuite de son arrière-plan historique qui explique l’importance du motif de l’animalité et de la sauvagerie dans la littérature fictionnelle. Ensuite, nous démontrerons les formes typiques de la représentation de la violence et de la sauvagerie et nous évoquerons l’emploi de ces motifs dans le plan idéologique des romans.

Le Roman de l’Ouest et sa popularité

Tout d’abord, il nous semble nécessaire d’expliquer le terme de « Roman de l’Ouest » que nous employons tout au long de notre article. Nous pouvons définir le Roman de l’Ouest comme « l’ensemble des récits fictionnels en prose qui prennent pour cadre l’insurrection de la Vendée et la Chouannerie[1] ». Cette notion, employée par les auteurs de l’ouvrage collectif Les Romans de la Révolution, permet de regrouper tous les textes qui relatent plusieurs événements historiques et qui se déroulent dans un espace temporel et géographique considérablement vaste. Le Roman de l’Ouest commence son existence presque parallèlement avec les événements traités (autour de 1800) et il se développe tout au long du XIXe siècle. Sa tradition se prolonge jusqu’à la fin du XXe siècle[2] mais nous n’évoquerons ici que des textes publiés avant 1900.

Les événements décrits par le Roman de l’Ouest, les guerres de Vendée et la Chouannerie, avaient sans doute un grand potentiel d’inspiration pour les écrivains et pour les lecteurs. Les raisons de leur popularité sont multiples. D’abord, il s’agissait d’une matière « en marge », ignorée souvent par l’Histoire avec un H majuscule[3], matière qui avait une forte dimension pittoresque. De plus, les événements liés aux insurrections royalistes fournissaient aux écrivains un vaste répertoire de thèmes « romanesques » : grandes passions, exaltation pour la cause royaliste ou pour la République, exemples d’héroïsme et de bravoure, cruautés sans précédent, etc. Une autre raison, souvent évoquée par les écrivains, relève des connotations politiques et idéologiques liées à cette période de l’histoire. Et finalement, certains auteurs avaient des motivations personnelles pour exploiter ce thème, surtout ceux qui venaient des régions occidentales comme Barbey d’Aurevilly.

La popularité de la thématique fut énorme. La liste des œuvres vendéennes ou chouannes de l’époque donnée (1799-1900) se compose ainsi de plus de soixante-dix titres, sans compter les nouvelles publiées exclusivement dans divers journaux[4]. Le répertoire du Roman de l’Ouest comprend des ouvrages célèbres, comme ceux de Balzac (Les Chouans ou la Bretagne en 1799), de Victor Hugo (Quatrevingt-treize) ou de Barbey d’Aurevilly (L’Ensorcelée, Le Chevalier des Touches). Mais il y a aussi des œuvres moins connues de certains « grands noms littéraires » (p. ex. Cadio de George Sand ou Comte de Chanteleine de Jules Verne) et finalement des titres complètement oubliés aujourd’hui (le roman anonyme L’Orpheline de la Vendée paru en 1824, la grande fresque romanesque Les Bleus et les Blancs d’Etienne Arago). Le Roman de l’Ouest s’avère être un phénomène vaste et complexe qui recouvre une multitude d’approches, de discours et de genres. Par son ampleur, il traduit en effet la complexité de l’évolution politique, philosophique et culturelle du XIXe siècle.

L’arrière-plan historique du Roman de l’Ouest : la guerre civile

Comme nous l’avons dit dans l’introduction, le motif de la violence et de l’animalité joue un rôle important dans notre corpus. Ce fait s’explique déjà par l’arrière-plan historique de ce type de littérature. Analogiquement au terme « Roman de l’Ouest », nous pouvons parler des « guerres de l’Ouest », c’est-à-dire de la série d’insurrections royalistes et de guerres civiles pendant la Révolution dans les régions occidentales de la France. Ces guerres représentent elles-mêmes une problématique extrêmement compliquée car elles recouvrent plusieurs réalités historiques (la guerre de Vendée et la Chouannerie sont deux événements connectés mais distincts à la fois[5]), chronologiques (les guerres se déroulent dans les années 1793-1799, puis de nouveau en 1814 pendant les Cent-Jours et même en 1832 avec l’insurrection de la duchesse de Berry contre la monarchie de Juillet) et géographiques (les révoltes se déroulent sur le vaste territoire de la Vendée, de la Bretagne, du Maine et de la Basse-Normandie).

Le conflit dans l’Ouest a éclaté entre deux partis, caractérisés par leur couleur : d’un côté, ce sont les « Blancs » (insurgés, royalistes), révoltés contre le pouvoir de la République ; de l’autre, ce sont les « Bleus », les républicains (appelés aussi « les patauds », c’est-à-dire les patriotes) représentés surtout par les forces de l’ordre, par l’armée et par les élites citadines. Par conséquent, tout le discours sur ces événements, fictionnel ou non, est influencé par un imaginaire polarisé, fondé sur l’opposition de deux partis, de deux systèmes de valeurs. Ce qui est aussi caractéristique pour cette guerre civile, c’est le fait qu’elle est accompagnée, de part et d’autre, d’une brutalité extrême. Les massacres, les meurtres, les exécutions sommaires sont à l’ordre du jour. Le parti le plus engagé dans ces horreurs, il faut l’avouer, a été celui des républicains. Les Bleus cherchaient à éliminer par tous les moyens le soulèvement qui menaçait l’existence même de la République[6]. D’où les « noyades » de Nantes, c’est-à-dire les exécutions des royalistes dans la Loire, d’où l’engagement des « colonnes infernales » au printemps 1794 qui ont ravagé toute la Vendée. À la férocité des Bleus, les Blancs ont répondu par les embuscades, par les assassinats des patriotes et par les meurtres des prisonniers. On estime ainsi les pertes humaines entre 120 000 et 200 000. Toutes ces horreurs fascinent et terrifient à la fois et elles passionnent les historiens jusqu’à nos jours : rappelons la discussion autour du terme « génocide franco-français[7] ». Génocide ou non, toujours est-il que la cruauté et la barbarie étaient la dimension sombre mais toujours présente des guerres de l’Ouest. Cet aspect a ainsi influencé l’image postérieure des guerres (les répressions républicaines et le martyre de la population représentent l’aspect fondamental du « mythe vendéen[8] ») et il a été largement exploité aussi par les écrivains. La violence et la sauvagerie, confirmées par les témoignages et par les sources historiques, entrent ainsi dans le champ de la fiction.

Le thème de la cruauté et de la sauvagerie dans le Roman de l’Ouest et ses variantes

L’ensemble des récits qui forment le Roman de l’Ouest se distingue par certains traits ou motifs caractéristiques, employés par un grand nombre de romanciers : emploi de stéréotypes historiques, présence récurrente de certains schémas narratifs (motif des frères ennemis, de l’amour impossible entre deux protagonistes des camps opposés), scènes typiques (messe clandestine, répressions des « colonnes infernales », embuscades des Chouans), types de personnages (bon prêtre réfractaire, jeune aristocrate innocente, paysan dévote, soldat héroïque ou cruel et lâche, etc[9].). Le motif de la violence, de la sauvagerie, voire de l’animalité est sans doute un de ces « lieux communs » importants. Il est présent sous différentes formes dans tous les récits et il joue le rôle central dans la représentation des guerres de l’Ouest. Nous avons essayé de classifier ces motifs en trois grandes catégories que nous voudrions illustrer et concrétiser par les textes.

La première, c’est la description d’une certaine ambiance générale de la guerre civile, saturée par la violence et par la bestialité. La seconde catégorie est représentée par les motifs pittoresques des régions occidentales, en marge de la civilisation, dont les habitants sont décrits parfois comme des sauvages primitifs. Enfin, le Roman de l’Ouest semble être particulièrement riche en personnages monstrueux, déformés psychiquement ou physiquement. Ces hommes-animaux représentent la dernière catégorie de l’animalité dans nos romans analysés.

L’ambiance sinistre de la guerre civile : violence, cruauté, sauvagerie

Le soulèvement de la Vendée et la Chouannerie se distinguent par une proportion énorme de férocité, comme nous l’avons déjà constaté. Dans les conditions de « la guerre encore plus que civile[10] », face à la bestialité et la violence, l’homme se déshumanise et devient animal. Il s’agit d’une autre sorte d’horreur que la Terreur à Paris, organisée et « rationalisée » par l’intermédiaire du Tribunal révolutionnaire. En Vendée, c’est la guerre sans loi ni foi, accompagnée des cruautés sans bornes et de la violence omniprésente. La dimension catastrophique du conflit attire et fascine un grand nombre d’écrivains. En guise d’exemple, regardons deux romans symptomatiques de cet aspect de la bestialité : Quatrevingt-treize de Victor Hugo et Sous la hache d’Élémir Bourges.

Victor Hugo se classe parmi les auteurs qui décrivent le conflit comme une catastrophe immense, destructrice aussi bien pour les Blancs que pour les Bleus. Hugo démontre les conséquences désastreuses de la guerre pour la France :

L’épouvante de huit années, le ravage de quatorze départements, la dévastation des champs, l’écrasement des moissons, l’incendie des villages, la ruine des villes, le pillage des maisons, le massacre des femmes et des enfants, la torche dans les chaumes, l’épée dans les cœurs, l’effroi de la civilisation, l’espérance de M. Pitt ; telle fut cette guerre, essai inconscient de parricide[11].

Tout au long de Quatrevingt-treize, le motif de la violence et de la bestialité souligne cette tragédie :

Le lendemain était expédié dans toutes les directions un ordre du Comité de salut public enjoignant d’afficher dans les villes et villages de Vendée et de faire exécuter strictement le décret portant peine de mort contre toute connivence dans les évasions de brigands et d’insurgés prisonniers. Ce décret n’était qu’un premier pas ; la Convention devait aller plus loin encore. Quelques mois après, le 11 brumaire an II (novembre 1793), à propos de Laval qui avait ouvert ses portes aux Vendéens fugitifs, elle décréta que toute ville qui donnerait asile aux rebelles serait démolie et détruite. De leur côté, les princes de l’Europe avaient déclaré que tout Français pris les armes à la main serait fusillé, et que, si un cheveu tombait de la tête du roi, Paris serait rasé. Sauvagerie contre barbarie[12].

Cette dimension de Quatrevingt-treize démontre comment Victor Hugo utilise son roman historique pour communiquer avec le présent. Quatrevingt-treize, publié en 1874, a été écrit dans sa forme définitive sous le choc de la Commune de Paris et de son écrasement[13]. Si Hugo parle à ses contemporains des violences et des barbaries de la guerre civile, c’est également pour évoquer des événements bien plus récents : le soulèvement parisien, la Semaine sanglante et les répressions des Versaillais. Dans la lumière de ces événements, Hugo essaie d’expliquer l’idée du Progrès de l’humanité qui doit souvent faire face aux crises de l’Histoire. Tel est le message du roman : malgré la férocité et la cruauté, l’espoir existe, personnifié par trois enfants vendéens adoptés par le bataillon républicain. Dans le marasme de la guerre civile, l’ancien et le nouveau se rejoignent pour ouvrir la route de l’avenir[14].

Élémir Bourges dans son roman Sous la hache cherche également à dépeindre les conditions sinistres de la guerre civile, marquée par les passions et les fanatismes des deux partis irréconciliables. Publié en 1885, le roman répond par sa poétique à l’esprit de la décadence et du fin-de-siècle. L’œuvre est en effet proche de l’esthétique du roman noir. D’abord par son atmosphère sombre qui s’inscrit dans le paysage (l’action se passe à la fin de novembre dans un petit village du pays de Retz, perdu au milieu des marais et des étangs) et qui se traduit par son intrigue absolument sinistre et désespérante (presque tous les personnages périssent au cours du récit) ainsi que par la description détaillée des atrocités. Il n’y a de place pour aucun idéal noble ou humanitaire : les Vendéens sont décrits comme barbares et primitifs, pleins d’ignorance et de fanatisme, les représentants de la République excellent par leur cruauté et les soldats par l’impiété. L’image représentative de cette dimension barbare du roman est la description du soldat républicain capturé et crucifié par les Vendéens :

Contre la porte était cloué un être humain, hideux, méconnaissable. Piqué au battant vermoulu, ainsi qu’une énorme chauve-souris, un soldat Bleu avait agonisé, sous les coups de la populace. Deux fiches de fer lui perçaient les mains, deux autres écartelaient ses jambes ; et l’on voyait saillir ses côtes une à une, par les déchirures de son habit[15].

Le roman est saturé d’horreur et de désespoir, la cruauté étant des deux côtés : ni les Blancs ni les Bleus ne sont épargnés. Le combat des partis engagés est marqué par la férocité, sinon par la bestialité comme dans la scène de l’affrontement des deux troupes :

Ils s’étreignaient férocement ; leurs poitrines et leurs reins craquaient, et les éclairs des coutelas brillaient à la lueur des tisons dispersés. Tous les visages étaient bouleversés de haine, de peur, de colère ; l’acharnement était égal. […] Du sang agglutinait la boue ; on se tenait aux cheveux, à la gorge ; et des furieux qui mordaient les ennemis à la figure leur coupaient, d’un seul coup de dent, l’oreille ou le nez[16]. 

Le symbole même de cette horreur est la guillotine, appelée symptomatiquement « la Vorace ». Il s’agit d’un symbole éponymique, car le roman se déroule « sous la hache », c’est-à-dire à l’ombre de la guillotine. Le récit s’achève par une scène apocalyptique où cette machine reste au milieu des morts dans le village déserté : « Et maintenant, levant ses deux bras triomphant, baignée du sang, tout éclairée par la lueur de l’incendie, la Vorace demeurait seule sur cette esplanade fatale où étaient tombés ses serviteurs[17]. » L’auteur procède par la personnification symbolique : la guillotine, cette machine à exécuter, s’anime comme une sorte de divinité sanguinaire, comme le seul vrai vainqueur de la guerre civile[18]. Le pessimisme de Bourges contraste ainsi avec le message plus positif de Quatrevingt-treize.

Les métaphores animales et les chouans – sauvages

Une autre sorte d’animalité ou de sauvagerie présente dans le Roman de l’Ouest s’attache aux figures des insurgés. Les Chouans sont présentés tantôt comme des animaux, tantôt comme des sauvages. La métaphore célèbre qui provient du monde animalier est celle des oiseaux nocturnes, inspirée par le signal de guerre des Chouans, le cri de la chouette[19], de même que par leur style de combat : la guérilla, les embuscades, les attaques nocturnes. Comme l’affirme Barbey d’Aurevilly : « [C]ette guerre des Chouans était nocturne et masquée[20]. » Pour certains autres écrivains, les Chouans sont simplement sauvages, sans aucune poétisation. Cette représentation se rapporte à l’image partagée des régions occidentales. Elles sont présentées au public comme des contrées fortement pittoresques, sinon exotiques[21], ce qui est surtout le cas de la Bretagne avec ses coutumes étranges, son patois et ses « monuments druidiques ». Cet aspect de la sauvagerie est le mieux représenté dans le premier chef-d’œuvre d’Honoré de Balzac, Les Chouans ou la Bretagne en 1799. Le romancier y narre un épisode de la guerre de 1799 : le commandant républicain Hulot doit captiver le chef des Chouans insurgés, appelé Gars. Cette histoire sert de base pour exposer la situation historique générale et son rapport au présent : la lutte des deux forces, de la Royauté contre la République. Le pittoresque, ingrédient nécessaire du roman historique à la façon de Walter Scott, est évoqué par la Bretagne, décrite comme un pays rude et hostile envers les habitants sauvages. Pour Balzac, les Bretons se caractérisent par la primitivité. Pour preuve la description des paysans bretons. L’auteur se sert d’un procédé qui deviendra typique pour les protagonistes de la Comédie humaine ; les caractéristiques externes reflètent en effet l’intérieur des personnages :

Quelques-uns des paysans, et c’était le plus grand nombre, allaient pieds nus, ayant pour tout vêtement une grande peau de chèvre qui les couvrait depuis le col jusqu’aux genoux, et un pantalon de toile blanche très grossière, dont le fil mal tondu accusait l’incurie industrielle du pays. Les mèches plates de leurs longs cheveux s’unissaient si habituellement aux poils de la peau de chèvre et cachaient si complètement leurs visages baissés vers la terre, qu’on pouvait facilement prendre cette peau pour la leur, et confondre, à la première vue, ces malheureux avec les animaux dont les dépouilles leur servaient de vêtement[22]. 

La primitivité générale des Bretons est concentrée sur les figures des insurgés, les Chouans. C’est surtout le cas du terrible Marche-à-terre qui est l’incarnation même du génie breton indomptable. Les Chouans sont non seulement bruts et primitifs : leur comportement est marqué par une cruauté barbare, presque animale. Ils manifestent cette cruauté même envers leurs propres compagnons, comme dans la scène où deux Chouans exécutent le troisième pour sa trahison supposée :

Les deux Chouans saisirent de nouveau Galope-chopine, le couchèrent sur le banc, où il ne donna plus d’autres signes de résistance que ces mouvements convulsifs produits par l’instinct de l’animal ; enfin il poussa quelques hurlements sourds qui cessèrent aussitôt que le son lourd du couperet eut retenti. La tête fut tranchée d’un seul coup. Marche-à-terre prit cette tête par une touffe de cheveux, sortit de la chaumière, chercha et trouva dans le grossier chambranle de la porte un grand clou autour duquel il tortilla les cheveux qu’il tenait, et y laissa pendre cette tête sanglante à laquelle il ne ferma seulement pas les yeux[23].

Les figures des Chouans sont inspirées par Fenimore James Cooper et Le Dernier des Mohicans. Rappelons d’ailleurs que la première édition du roman porte le nom « Dernier des Chouans ou la Bretagne en 1800 » et l’inspiration s’avère ainsi évidente. De même, Balzac développe l’idée centrale de la série romanesque de Cooper, le déclin de la société tribale qui est dû à l’époque moderne[24]. Nous trouvons la même idée également chez un autre grand inspirateur de Balzac, Walter Scott, et cela dans ses romans parlant des guerres en Écosse au XVIIIe siècle (le cycle de Waverley novels). Balzac représente la Chouannerie comme le dernier vestige du monde dépassé. Or, cette confrontation des deux mondes n’est marquée par aucune nostalgie comme dans les romans de Barbey d’Aurevilly. Balzac accorde ses sympathies plutôt à la République qui exerce la « mission civilisatrice » dans la contrée primitive de Bretagne[25]. La primitivité et l’animalité des Chouans s’inscrivent ainsi dans le plan idéologique du roman[26].

Pour Balzac, un « Chouan » est presque le synonyme d’un « barbare ». Mais comme le Roman de l’Ouest est souvent polarisé, à cette image s’oppose la représentation idéalisée des habitants de la Vendée et de la Bretagne qui prolonge la tradition des « bons sauvages » du XVIIIe siècle. Selon cette conception, les paysans bretons sont simples mais vertueux, pieux et fidèles, non corrompus par la civilisation moderne. Ce bon sauvage, présent par exemple chez Victor Hugo (le matelot Halmalo de Quatrevingt-treize) et surtout dans les romans des écrivains « blancs » (le servant Kervan dans Le Comte de Chanteleine de Jules Verne), témoigne du côté positif de la primitivité bretonne.

L’animalité des personnages : l’homme-monstre

La dernière catégorie des éléments de l’animalité et de la bestialité est celle des personnages. L’époque bestiale s’incarne dans les personnages monstrueux. Nous avons déjà mentionné le cas du chouan Marche-à-Terre de Balzac mais celui-ci, malgré sa cruauté indiscutable, apparaît plutôt comme un produit typique de son milieu et de son époque. Dans d’autres romans, nous trouvons souvent de vrais hommes-monstres. Ces figures bestiales, presque déshumanisées, symbolisent la cruauté absurde de la guerre civile menée sans pitié. En même temps, la présence de ce type de personnage témoigne de la parenté du Roman de l’Ouest avec la poétique du roman noir.

Dans notre corpus, nous rencontrons ce type de monstre par exemple dans Quatrevingt-treize où il est représenté par Gouge-le-Bruant dit Imânus, terrible serviteur du marquis de Lantenac. Son nom préfigure déjà son caractère non-humain : « Imânus, dérivé d’immanis, est un vieux mot bas-normand qui exprime la laideur surhumaine et quasi divine dans l’épouvante, le démon, le satyre, l’ogre[27]. » La physionomie et le comportement d’Imânus correspond à son nom :

Dans la Vendée, les autres étaient les sauvages, Gouge-le-Bruant était le barbare. C’était une espèce de cacique, tatoué de croix-de-par-Dieu et de fleurs-de-lys ; il avait sur sa face la lueur hideuse, et presque surnaturelle, d’une âme à laquelle ne ressemblait aucune autre âme humaine. Il était infernalement brave dans le combat, ensuite atroce. C’était un cœur plein d’aboutissements tortueux, porté à tous les dévouements, enclin à toutes les fureurs. Il était capable de tous les inattendus horribles. Il avait la férocité épique[28].

L’insertion du personnage d’Imânus peut être comprise comme une sorte de retour de Victor Hugo à l’écriture de sa jeunesse (ses premiers romans écrits sous la Restauration répondent à la mode du roman gothique) mais en même temps, il s’agit d’un choix symbolique : toute la guerre civile n’est-elle pas épique et féroce à la fois ? Le monstre ne peut pas manquer non plus dans le roman Sous la hache d’Élémir Bourges. Le monstre de ce texte est Coatgoumarch – idiot du village où se déroule le roman. Coatgoumarch est fasciné par la violence et par la cruauté et devient à la fin du récit le bourreau à titre bénévole : c’est lui qui exécute le personnage principal, le colonel Gérard.

Une autre sorte de monstruosité est la déformation physique qui symbolise et préfigure la déformation interne. C’est le cas du capitaine des Vendéens Goule-Sabrée, cruel et furieux, dont le visage est marqué par les sabres des Bleus (Sous la hache) ; c’est aussi le cas de l’abbé de la Croix-Jugan, abbé et ancien Chouan à la fois, figure centrale de L’Ensorcelée, qui est complétement défiguré après la tentative manquée de suicide et la torture subie de la part des soldats bleus :

L’espèce de chaperon qu’il portait tomba, et sa tête gorgonienne apparut avec ses larges tempes, que d’inexprimables douleurs avaient trépanées, et cette face où les balles rayonnantes de l’espingole avaient intaillé comme un soleil de balafres. Ses yeux, deux réchauds de pensées allumés et asphyxiants de lumière, éclairaient tout cela comme la foudre éclaire un piton qu’elle a fracassé. Le sang faufilait, comme un ruban de flamme, ses paupières brûlées, semblables aux paupières à vif d’un lion qui a traversé l’incendie. C’était magnifique et c’était affreux[29] !

Ce qui est remarquable, c’est que même les personnages historiques (surtout républicains) sont parfois décrits avec cette dimension de monstruosité : le cas exemplaire est celui de Jean-Baptiste Carrier, organisateur des noyades tristement célèbres[30], évoqué par exemple dans Le Comte de Chanteleine de Jules Verne :

Pendant ce temps, les plus sanguinaires agents du comité étaient envoyés dans les provinces ; Carrier, à Nantes, depuis le 8 octobre, imaginait ces moyens qu’il appelait les déportations verticales, et, le 22 janvier, il inaugurait ses bateaux à soupapes en l’honneur des prisonniers de l’armée vendéenne[31].

L’exemple du « tyran nantais » peut bien illustrer comment la littérature vendéenne s’approprie les faits et les personnages historiques en les transformant en éléments de fiction.

La cruauté et les partis pris : l’implication idéologique de l’image de l’animalité

L’analyse de l’animalité et de la bestialité dans le Roman de l’Ouest nous amène à évoquer les raisons de leur forte présence. D’abord, il y a une certaine fonction documentaire – certains auteurs ressentent la nécessité de relater les événements dans leur vérité. Une autre raison est la fascination par les horreurs de la guerre car il s’agit des motifs susceptibles d’attirer les lecteurs : rappelons que les guerres de l’Ouest sont un grand thème du roman populaire. Nous voudrions néanmoins souligner une autre fonction qui consiste en un lien direct entre la représentation de la brutalité et la dimension idéologique et politique des romans.

Le fondement même de la problématique vendéenne et chouanne est l’affrontement entre deux camps opposés des Blancs et des Bleus. Le Roman de l’Ouest se situe dans le contexte de cet imaginaire binaire, quelle que soit l’opinion politique de l’auteur. Rares sont les romanciers qui restent indifférents à la dimension idéologique du conflit. La majorité des écrivains prennent position ou expriment, à travers le récit, leur propre interprétation de l’Histoire. Ce qui est d’ailleurs typique pour tous nos exemples évoqués, c’est le fait que le motif de la cruauté et de la violence dans toutes ses formes participe à la création de l’image de l’Histoire. Ce phénomène peut être illustré par une multitude d’extraits car il est présent dans presque tous les romans analysés. Pour démontrer la polarité politique de ce type de littérature, nous avons choisi un seul exemple représentatif, lié étroitement au thème de la violence. Il s’agit de l’engagement des « Colonnes infernales » en Vendée, accompagné des pillages et des massacres de la population. Nous pouvons comparer trois courts extraits qui se rapportent à cet événement. Le premier est la source historique : l’ordre de marche du général Huché. Huché, commandant de l’une des douze colonnes républicaines, donne à ses subordonnés les instructions suivantes :

Avant de partir des villages [le commandant] les fera incendier sans réserve avec tous les bourgs, hameaux, métairies qui en dépendent […], il fera exterminer sans réserve tous les individus de tout âge et de tout sexe qui sera convaincu d’avoir participé à la guerre de la Vendée ou à tout autre révolte attentatoire à la liberté[32]. 

L’ordre donné par le général de l’armée républicaine et exécuté ensuite par ses troupes dévoile la réalité historique sinistre des répressions contre-royalistes. Il n’est pas étonnant que les évènements d’une telle ampleur et d’une telle cruauté aient suscité l’attention des écrivains. Néanmoins, leur réaction diffère en fonction de leur position idéologique. Le second extrait provient du roman Les Bleus et les Blancs du journaliste et dramaturge Étienne Arago. En tant que républicain ardent et convaincu, Arago est un des rares auteurs qui défend l’interprétation prorévolutionnaire de la guerre de Vendée. Il ne cherche pas à nier les massacres commis par les Colonnes infernales mais pour lui, il s’agit d’une nécessité cruelle, importante pour « publico bono » et pour le salut de la République :

Il fallait à tout prix reconquérir à la liberté et à la France ce pays hostile et rebelle et persuader la nation dans son unité et son indivisibilité, ainsi qu’on l’avait proclamé, afin que l’étranger comprît que la France ne formait plus qu’un corps impérissable et décidé à accomplir la libération des peuples[33].

Le troisième texte est tiré du roman Comte de Chanteleine de Jules Verne. Verne, originaire de Nantes, sympathise avec la cause des Vendéens et son roman est ouvertement pro-royaliste. Il souligne ainsi la dimension horrible et bestiale des répressions :

Le comité du Salut public, voulant en finir avec la Vendée, entra dans la voie des plus horribles dévastations ; les colonnes infernales, dirigées par les généraux Turreau et Grignon, s’avancèrent sur le pays après la défaite de Savenay. Elles pillèrent, elles massacrèrent, elles ruinèrent ; femmes, enfants, vieillards, personne n’échappa à leurs sanglantes représailles[34]. 

Arago et Verne ne sont certainement pas les seuls à défendre ou à blâmer les acteurs des Guerres de l’Ouest mais leur exemple illustre bien comment deux écrivains peuvent relater les mêmes événements d’une façon différente et comment ils traitent le thème de la bestialité et de la violence selon leur position politique.

Conclusion : le rôle de la violence dans la représentation de l’histoire

Les motifs de la bestialité et de la violence ne se limitent pas aux exemples donnés, nous pouvons y ajouter bien d’autres : le massacre d’une famille bretonne par les troupes républicaines (Lan Inisan : La Bataille de Kerguidu), l’exécution du prêtre réfractaire et la vengeance des Chouans (Louis de Carné : Guiscriff) ou les scènes des noyades de Nantes (Madame Falaise : La Fiancée vendéenne). Les romans que nous avons choisis pour les besoins de cette étude suffisent néanmoins à prouver le rôle important du motif de la cruauté et de l’animalité dans le Roman de l’Ouest. Les formes de ce motif sont bien variées et elles illustrent à leur façon « l’esthétisation de l’histoire » dans la littérature. Autrement dit, l’inspiration historique, dans notre cas la cruauté de la guerre civile, devient un outil privilégié de la poétique qui se manifeste sur plusieurs plans de la narration : dans la « couleur locale » des romans historiques de même que dans la catégorie des personnages. En même temps, la littérature fictionnelle participe largement à la formation de l’imaginaire historique de la guerre de Vendée et de la Chouannerie. Le thème de la violence et de la bestialité s’avère révélateur pour comprendre ce processus. Les quelques pistes de réflexion proposées ouvrent la possibilité d’une enquête ultérieure qui pourrait compléter les travaux historiographiques sur la présence de la violence dans les guerres de l’Ouest[35] et sur la naissance du mythe vendéen[36].

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[1])  DÉRUELLE, A. : La Révolution autrement. In DÉRUELLE, A. – ROULIN, J.-M. (éd.) : Les Romans de la Révolution, 1790-1912. Paris : Armand Colin « Recherches », 2014, p. 240.
[2])  Rappelons le « cycle vendéen » de Michel Ragon, publié dans les années 1980, qui comprend plusieurs romans dont le plus connu est Les Mouchoirs rouges de Cholet.
[3])  La guerre de Vendée n’est jamais oubliée au XIXe siècle, grâce aux mémoires des témoins directs des événements (comme ceux de la marquise de la Rochejaquelein) et grâce à certains livres historiques, dont certains fortement polémiques (par exemple l’ouvrage apologétique L’Histoire de la Vendée militaire de Jacques Crétineau-Joly, publié en 1840-1842). La Chouannerie était par contre presque ignorée par l’historiographie. Barbey d’Aurevilly s’en plaint dans l’introduction de L’Ensorcelée : « L’histoire en effet manque aux Chouans. Elle leur manque comme la gloire et même comme la justice. » BARBEY D’AUREVILLY, J. : L’Ensorcelée. Paris : Garnier-flammarion, 1966, p. 33.
[4])  Pour la bibliographie littéraire de la guerre de Vendée, voir Vendée, Chouannerie, Littérature. Actes de colloque d’Angers, 12-15 décembre 1985. Angers : Presses de l’université d’Angers, 1986, pp. 549-558. Il s’agit de la bibliographie la plus complexe mais elle n’est toujours pas tout à fait exhaustive.
[5])  Les Vendéens et les Chouans sont souvent associés dans l’imaginaire contemporain mais la Guerre de Vendée et la Chouannerie représentent en effet deux réalités différentes. DUPUY, R. : Les Chouans. Paris : Hachette Littératures, 1997, pp. 8-9.
[6])  Les motivations des Républicains sont bien documentées dans le rapport du conventionnel Barrère, présenté à la Convention le 1er octobre 1793. Barrère y parle du danger représenté par « l’inexplicable Vendée » et il demande sa destruction par la force militaire. Disponible en ligne : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_du_1er_octobre_1793 [Consulté le 23/09/2017].
[7])  L’emploi du terme « génocide » dans ce contexte date des années 1970, mais il a été popularisé surtout par la thèse de doctorat intitulée Le Génocide franco-français, La Vendée-Vengée de Reynald Secher, publiée en 1986. Cet essai historique a déclenché une discussion très animée dans la communauté des historiens, qui a duré plusieurs décennies et qui est devenue rapidement un champ de bataille idéologique et politique. Pour l’histoire et les circonstances de cette discussion, voir l’article de Jean-Clément Martin qui était un de ses acteurs principaux. MARTIN, J.-C. : À propos du « génocide vendéen ». Du recours à la légitimité de l’historien. In Sociétés contemporaines, 2000, vol. 39, n°1, pp. 23-38.
[8])  Sous le terme de « mythe vendéen », on entend le phénomène appelé également « la seconde vie », c’est-à-dire la représentation et la transformation de l’image d’une période historique par les époques postérieures. L’ouvrage référentiel pour la seconde vie de la Vendée est la monographie de Jean-Clément Martin : La Vendée de la Mémoire, 1800-1980. Paris : Seuil, 1989.
[9])  BERNARD, C. : Le Chouan romanesque. Balzac, Barbey d’Aurevilly, Hugo. Paris : Presses universitaires de France, 1989, p. 61.
[10])  Plus quam civilia bella, le titre d’un des chapitres de Quatrevingt-treize (Partie III – Livre II – Chapitre I) est en effet emprunté au poème de Lucain sur la guerre entre César et le Sénat.
[11])  HUGO, V. : Quatrevingt-treize. Paris : Garnier-Flammarion, 1965, p. 196.
[12])  Ibid., p. 177.
[13])  Pour l’influence de l’expérience de la Commune sur l’écriture de Quatrevingt-treize, voir ROSA, G. : Massacrer les massacres. In L’Arc. Victor Hugo, 1974, n°57, pp. 72-80.
[14])  Myriam Roman dans sa grande monographie sur la philosophie hugolienne affirme que Quatrevingt-treize se présente comme une tentative de relier le passé et l’avenir. ROMAN, M. : Victor Hugo et le roman philosophique : Du drame dans les faits au drame dans les idées. Paris : Honoré Champion, 1999, p. 437.
[15])  BOURGES, É. : Sous la hache. In TROUSSON, R. (éd.) : Le Roman noir de la Révolution. Paris : Nathan, 1997, p. 954.
[16])  Ibid., pp. 962-963.
[17])  Ibid., p. 1059.
[18])  Pour Paule Pétitier, Sous la hache décrit la Révolution comme une catastrophe immense qui ramène le monde à une barbarie antéhistorique. La dernière scène du roman représente ainsi « le retour au temps des idoles et des sacrifices ». PETITIER, P. : L’Expérience du temps. In DÉRUELLE, A. – ROULIN, J.-M. (éd.) : Les Romans de la Révolution, 1790-1912. Paris : Armand Colin « Recherches », 2014, p. 384.
[19])  Voir Le Chevalier des Touches où la réplique d’un des héros : « La chouette a sifflé du côté de Touffedelys », signifie le rassemblement des Chouans pour l’embuscade des Bleus. BARBEY D’AUREVILLY, J. : Le Chevalier des Touches. In TROUSSON, R. (éd.) : Le Roman noir de la Révolution. Paris : Nathan, 1997, p. 850.
[20])  Ibid.
[21])  Exotique au sens « qui appartient aux pays lointains et étrangers ». http://larousse.fr/dictionnaires/francais/exotique/32204?q=exotique#32124 [Consulté le 21/09/2017].
[22])  BALZAC, H. de : Les Chouans. In TROUSSON, R. (éd.) : Le Roman noir de la Révolution. Paris : Nathan, 1997, p. 480.
[23])  Ibid., p. 732.
[24])  L’œuvre de Cooper, publiée en France dans les années 1820, s’inscrivait bien dans l’ambiance de l’époque car l’auteur articulait ses romans autour de l’idée de la scission entre deux civilisations. Le conflit dont le résultat est la séparation définitive entre l’ancien et le moderne, reflétait l’expérience bien familière du public de la France postrévolutionnaire.
[25])  Les motifs de la primitivité et de la sauvagerie des Bretons sont soulignés et même exagérés pour soutenir la thèse de l’auteur sur la confrontation des deux mondes. Un exemple pour tous : les Chouans et les paysans parlent entre eux breton ce qui souligne leur caractère indigène. Néanmoins, il s’agit probablement de la fabulation de Balzac parce que le breton n’était pas utilisé aux environs de Fougères où se déroule le roman. Pour d’autres écarts des Chouans par rapport à la réalité historique, voir LE GUILLOU, L. : Bon et mauvais sauvage : Les Chouans de Balzac. Essai socio-politique. In Vendée, Chouannerie, Littérature. Actes de colloque d’Angers, 12-15 décembre 1985. Angers : Presses de l’Université d’Angers, 1986, pp. 55-64.
[26])  La première version du roman, publiée en 1829, était beaucoup plus favorable aux idées républicaines que les éditions postérieures, fortement remaniées. En ce qui concerne les différences entre la version originale et la version définitive du roman, voir son édition dans la Bibliothéque de la Pléiade (BALZAC, H. de : La Comédie humaine, t. VIII. Paris : Gallimard, 1978).
[27])  HUGO, V. : Quatrevingt-treize. Op. cit., p. 208.
[28])  Ibid.
[29])  BARBEY D’AUREVILLY, J. : L’Ensorcelée. Op. cit., p. 140.
[30])  Il convient d’ajouter que Carrier reste le seul homme à être jugé, condamné et exécuté pour ses actions en Vendée. Or, son exécution est plutôt une conséquence de la réaction thermidorienne contre les anciens terroristes qu’une volonté de rendre justice aux victimes des noyades.
[31])  VERNE, J. : Comte de Chanteleine. Épisode de la Révolution [en ligne]. Bibliothèque électronique du Québec, p. 181. Disponible sur : https://beq.ebooksgratuits.com/vents/Verne-Chanteleine.pdf [Consulté le 25/09/2017].
[32])  PETITFRÈRE, C. : La Vendée et les Vendéens. Paris : Gallimard, 2015, p. 82.
[33])  ARAGO, É. : Les Bleus et les Blancs, second volume. Paris : E. Dentu, 1862, p. 116.
[34])  VERNE, J. : Comte de Chanteleine. Épisode de la Révolution. Op. cit., p. 180.
[35])  Sur la répression, ses causes et son déroulement, voir par exemple ROLLAND-BOULESTREAU, A. : Les Colonnes infernales. Violence et guerre civile en Vendée militaire (1794-1795). Paris : Fayard, 2015. La problématique de la violence organisée se trouve également au centre de l’intérêt de Reynald Secher dans la Génocide franco-française mais cet ouvrage, comme nous l’avons déjà dit, suscite les polémiques.
[36])  Études et articles de Jean-Clément Martin ou la monographie Le Chouan romanesque de Claudie Bernard.

Jaroslav Stanovský
Université Masaryk de Brno
Faculté des Lettres
Institut de langues et littératures romanes
Arna Nováka 1/1, 602 00 Brno

Université Paris-Est
École doctorale Culture et société
Laboratoire Lettres – Idées – Savoirs
61, avenue du Général de Gaulle, 940 10 Créteil


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