ENTRE SINGE ET OISEAU, L’HOMME AMÉLIORÉ PAR L’ANIMAL CHEZ RÉTIF DE LA BRETONNE

Between monkey and bird, man improved by animal in Rétif de la Bretonne
Rétif de La Bretonne is well known as an erotic writer, but he also imagined strange and exotic worlds as in The Austral Discovery by a Flying Man, first published in 1781. The novel could be seen as a pa- rody of travel books, surprising the reader with unbelievable semi-human animals. It could also be a humoristic rewriting of Buffon’s Natural History. But Rétif seems to be serious: not only human beings should take care of all the species of human-animals, but they must teach them elements of sciences and morals, before employing them to organize a pacific and well-governed colonial Empire. It is quite obvious that for Rétif, animality helps humanity to reach its perfection. The virtues of birds and monkeys are particularly important to improve heroes’ abilities. Furthermore, the author himself seeks in animals his own prophetic identity.

Keywords: Rétif de La Bretonne, The Austral Discovery, evolution, human species, human-beast, perfectibility, bird, monkey, representation of the writer, colonialism

Qu’un auteur venu de la Bourgogne rurale, et qui tire son nom à fausse particule de l’installation paternelle dans la ferme de La bretonne, aux portes du village de Sacy, parle des animaux n’aurait rien de surprenant si ses œuvres s’en tenaient à des évocations familières de la basse-cour et des bœufs menés aux champs par la famille paysanne. Mais les animaux nombreux de La Découverte australe par un homme volant, ou Le Dédale français, roman publié en 1781 par Rétif de la Bretonne, sont autrement plus exotiques, non seulement en raison de leur éloignement géographique supposé (ce sont des animaux des antipodes), ou parce qu’au milieu des cochons et des ânes bien connus figurent des éléphants et des lions, mais encore du fait de l’étrangeté troublante dont l’écrivain dote ces créatures, à mi-chemin entre la bête et l’homme. Dès la « Préface nécessaire », Rétif alerte son lecteur en prenant la plume de son double fictif Dulis, le prétendu narrateur du récit : « quelques personnes auxquelles j’ai parlé de cette relation, en leur annonçant des hommes-singes, -ours, -chiens, -lions, -taureaux, -serpents, etc., se sont imaginés [sic] que c’était une allégorie […]. Mais je déclare que je déteste les allégories[1] ». Les êtres bizarres qui sont décrits à tour de rôle dans le deuxième livre du roman ne sauraient être des figures de pensée destinées à désigner une vérité d’une tout autre nature : nul second degré dans le récit, les hommes-animaux doivent être entendus comme des « vérités physiques[2] ». Une telle provocation philosophique, mettant directement en question l’histoire de la création, n’est acceptable qu’à la faveur d’un enchâssement narratif qui met à distance le propos, et donc sa véracité : Rétif publie anonymement le récit recueilli par l’éditeur fictif T. Joly, qui lui-même avait reçu le manuscrit du prétendu narrateur Dulis, alias Compère Nicolas, alias Salocin-Emde-Fiter, qui tenait toute l’histoire d’un je-ne-sais-quoi, homme austral sans nom.

Aussi l’interprétation de La Découverte australe et de son paratexte[3] met-elle en avant la dimension parodique de l’ensemble : ni allégorie, ni vérité, les animaux-humains de Rétif seraient surtout une façon de rire des grandes aventures contemporaines, exploration australe d’une part, vaste entreprise de catalogage du vivant d’autre part. Ces deux dernières décennies, la critique de La Découverte australe a su montrer que l’œuvre de Rétif, somme de textes et d’images[4], était une parodie des relations de voyages d’exploration, genre illustré dont le succès était proportionnel à l’actualité, en cette fin du XVIIIe siècle où James Cook découvre le continent austral[5] ; parallèlement, elle a mis en évidence que l’ouvrage était également une parodie transparente de l’Histoire naturelle de Buffon[6]. Le récit rétivien est apparu comme un divertissement fonctionnant grâce à la connivence d’un lecteur friand des publications de vulgarisation scientifique, mais désireux de s’en affranchir par une distance humoristique. Pourtant, Rétif voulait aussi qu’on le prît au sérieux : son roman est autant une réfutation de Buffon, qui excluait la possibilité des croisements d’espèces[7], qu’une proposition d’un système physique expliquant le cycle de la terre[8]. Le répertoire des hommes-brutes figure en bonne place dans la démonstration d’une théorie de l’évolution dont Rétif est convaincu et qu’il complète par une cosmogonie illuministe dans Les Posthumes[9]. Le monde connu n’offrirait qu’un petit nombre des espèces engendrées par la nature, et seule l’exploration des espaces inconnus permettrait de découvrir des espèces non répertoriées et, mieux encore, différents degrés d’évolution des espèces connues : les hommes-bêtes seraient ainsi des états antérieurs à l’homme occidental du XVIIIe siècle[10], tandis que les Patagons et surtout les Mégapatagons en seraient les étapes ultérieures.

Il ressort de ce schéma une direction positive de l’évolution vers un état de perfection : les hommes en seraient le degré intermédiaire, et les bêtes l’état primitif et donc inférieur. Suggérer que Rétif fasse contribuer les animaux à l’amélioration de l’espèce humaine apparaît alors comme un contresens, surtout que les personnages de la fiction, conquérants des terres australes et maîtres des peuples brutes, s’ingénient à tirer les hommes-bêtes vers l’humanité, et non l’inverse. Pourquoi dans ces conditions soutenir une lecture du texte qui va à rebours des interprétations critiques de La Découverte australe, lesquelles ont insisté par exemple sur l’eugénisme de bons fermiers pratiqué par les héros du romancier[11]. En proposant de suivre l’idée paradoxale d’un homme amélioré par l’animal chez Rétif de La Bretonne, nous entendons jeter un nouvel éclairage sur le rapport à l’animal chez l’auteur : l’animal faire-valoir, qui met en évidence la supériorité de l’espèce humaine comme nous le verrons tout d’abord, cède la place à un animal fantasmé – oiseau ou autre bête volante – auquel l’homme cherche à ressembler pour échapper à sa condition étriquée. L’identification à l’animal, ce double, ce singe, finit même par apparaître comme la condition de réalisation de l’écrivain politiquement novateur.

Animaux faire-valoir : la supériorité humaine bien démontrée

Rappelons que le premier contact des héros du roman avec les hommes-brutes se fait au cours d’un voyage d’exploration de l’hémisphère austral, réalisé par la voie des airs au moyen d’ailes mécaniques, dont l’objectif est de trouver un territoire où implanter la colonie secrète et prospère initialement fondée par Victorin sur un plateau inaccessible du royaume de France. Le héros veut offrir un empire à son épouse Christine, aussi l’explorateur se double-t-il d’un colonisateur. La confrontation de Victorin et de son fils cadet Alexandre aux curiosités de la nature que sont les hommes-animaux confère aux nouveaux maîtres des territoires l’occasion de démontrer leur supériorité intellectuelle et pratique : ils s’installent dans la première grande île australe paisible et fertile parce qu’ils n’y trouvent que des sauvages « en fort petit nombre[12] » aux allures de chauves-souris. Aveuglés par la lumière du jour et actifs seulement dans l’obscurité, ces « hommes-de-nuit » qui poussent de petits cris de souris n’entravent pas l’appropriation de l’espace insulaire par les conquérants européens. Loin de dénoncer symboliquement l’entreprise des nouveaux-venus, ils offrent la possibilité d’une colonisation pacifiste et civilisatrice qui valorise Victorin et ses descendants. Malgré le développement de la colonie des Français en rupture de ban, « les Hommes-de-nuit vivaient tranquilles dans leurs retraites, où Personne ne les troublait », le héros législateur ayant une intelligence politique supérieure au commun des contemporains de Rétif :

Si tu veux donner de bonnes mœurs à ton Peuple, et qu’il soit juste, ô Législateur ! ne fais pas comme l’Européen ; sois juste toi-même à l’égard de Nations faibles et sans défense, car rien n’était si facile, que d’égorger en un jour tous les Hommes-de-nuit […][13].

Si le rapport entre les hommes et les hommes-animaux n’est pas conflictuel, c’est parce que les héros sont lucides sur leurs propres intérêts : il y a mieux à faire que de détruire ou d’asservir. L’animalité peut être apprivoisée, domestiquée et modifiée pour renforcer les liens des êtres qui vivent dans le nouvel empire. Ainsi les hommes observent, anticipent l’avenir et tentent des expériences tant morales que scientifiques sur les animaux à demi humains qui peuplent l’archipel austral. L’intervention de l’homme sur l’animal est d’ordre éducatif d’une part, d’ordre génétique d’autre part, toujours dans le but d’une plus grande cohésion politique et de la paix civile qui en sera le résultat.

Rétif croit aux pouvoirs de l’éducation et pense que la colonisation peut prendre le tour d’une avancée civilisatrice : Victorin apprend la langue des Hommes-de-nuit pour leur enseigner un traité de bonne entente fraternelle. « Le jour, nous veillerons sur vous ; / La nuit protégez notre enceinte ; / Les Hommes doivent s’aider tous[14] ». Plus tard, au fil de l’exploration colonisatrice des multiples îles australes, il passe outre aux abords peu engageants d’espèces homo-animales plus brutales comme les hommes-singes, naturellement méchants[15], ou les hommes-lions, en enlevant un jeune couple de chaque espèce pour l’apprivoiser, apprendre sa langue et lui enseigner le français. Cette expérience éducative systématique est décrite comme généralement efficace, malgré les capacités fort limitées de certaines espèces brutes comme les hommes-serpents (dont la mémoire s’engourdit et s’efface pendant l’hibernation) et en dépit d’une propension à la dégradation rapide des acquis. L’enseignement élémentaire qui est dispensé aux hommes-brutes parvient à les tirer de leur sauvagerie naturelle. Même les hommes-lions, pourtant parmi les plus cruels, parviennent au bout d’un an à « distinguer le bien du mal moral[16] ». Dans ce projet destiné à « adoucir ces Peuples féroces[17] », les couples indigènes enlevés à leur île et leurs semblables pour être éduqués dans l’île principale des colonisateurs européens sont formés pour devenir les ambassadeurs de l’humanité supérieure et les « Civilisateurs de leur Nation[18] ». Les espèces semi-animales, qui plébiscitent les apports et la présence des hommes, sont ainsi associées à l’organisation économique et politique de l’empire christinien. Elles participent directement à la mise en valeur par la fiction de la supériorité de l’humanité sur les espèces composites, tant du point de vue intellectuel (les facultés de raisonnement et d’apprentissage des hommes sont infiniment plus développées) que moral (la bonté et la justice sont les valeurs principales de l’homme rétivien).

La réussite de la colonisation pacifique et civilisatrice passe également par l’encouragement des unions entre hommes et hommes-bêtes, dont résultent des métis qui s’unissent à leur tour entre eux, de sorte que sous l’égide des princes christiniens le brassage des espèces produit une nouvelle population qui « s’est perfectionnée peu à peu depuis quarante ans[19] ». L’intervention humaine bénéficie donc aux espèces que Rétif appelle inférieures qui, de génération en génération, perdent leur caractère brutal pour gagner en humanité. L’union de l’homme et de l’animal ne tire pas l’homme vers le bas, mais l’animal vers le haut. Dans cette perspective, Rétif attribue à la zoophilie, plus ou moins forcée par les circonstances dans la fiction romanesque, un sens humaniste et progressiste. Notons qu’il ne s’agit pas de faire disparaître les hommes-animaux en les unissant tous à des hommes, ce qui reviendrait à pratiquer une forme de génocide masqué des peuples primitifs[20], mais de conduire des expériences de croisement et de mélange sur des individus, de telle façon que le monde fictionnel se remplisse d’une diversité  incalculable d’êtres représentant les infinies possibilités de la nature. En favorisant les brassages génétiques, les héros de Rétif ne font qu’accélérer le cours naturel des choses, car les espèces animales

ne sont que des Hommes, qui ne sont pas montés jusqu’au dernier degré de perfection, et chez lesquels la Nature s’est arrêtée plus tôt […] sans doute parce que les terres du pôle austral étant coupées en îles, et les Êtres qui les habitent, éloignés de toute autre Espèce, ils n’ont pu se perfectionner en se mélangeant[21].

Le métissage reste cependant toujours sous le contrôle du politique, le législateur intervenant pour rendre obligatoire le mariage entre hommes et femmes de l’espèce supérieure, et limiter le concubinage avec des métis et des hommes-brutes aux hommes âgés ou aux veuves. Une île entière est même réservée à la population métisse, à la façon d’un gigantesque laboratoire d’histoire naturelle qui, en mettant les êtres nouveaux à l’écart, préserverait la hiérarchie des espèces conçue par Rétif et, par conséquent, l’équilibre politique de sa fiction australe, fondé sur un modèle prétendu égalitaire et bienveillant, mais en réalité très ségrégatif. En effet, les explorateurs Victorin et Alexandre ne s’unissent jamais eux-mêmes avec les femmes-brutes, tandis qu’à peine ont-ils pris possession de l’île des hommes-de-nuit lors de leur premier voyage, qu’ils proposent à l’équipage d’un vaisseau en détresse secouru par leurs soins de choisir des femmes dans le peuple-animal local. Plus loin, c’est le petit mousse d’un capitaine laissé sur l’île des hommes-boucs qui s’est très bien accommodé d’une femme-chèvre. La fiction de Rétif accentue les clivages de la société en les inscrivant dans l’échelle de la nature : la supériorité des seigneurs doit être visible. Au lieu d’épouser des animaux-humains, ils s’uniront avec des hommes géants à l’intelligence supérieure, les Patagons. L’animalité serait-elle réduite à un faire-valoir de cette humanité capable de s’en démarquer et de s’en séparer ? L’humain selon Rétif serait-il un être ayant réussi à tenir à distance l’animal en lui ?

Être oiseau : l’accomplissement des fantasmes icariens

La réponse est plus complexe, car l’homme supérieur non seulement peut tirer des avantages économiques des espèces-brutes – dociles, endurantes… ou même pourvoyeuses de belles fourrures[22] – mais peut encore espérer une amélioration de l’espèce humaine par le métissage. Les enfants des couples hommes-femme-de-nuit sont dotés d’une vision nocturne fort utile[23], preuve que des qualités remarquables pourraient passer des brutes aux hommes. L’animal n’est donc pas nécessairement la tare d’une humanité inachevée, il est pour Rétif une source génétique de performances diverses et un modèle de perfectionnement pour l’homme en voie d’accomplissement. La fiction tout entière repose d’ailleurs sur l’appropriation d’une capacité spécifiquement animale par un jeune roturier amoureux de la fille de son seigneur. Le premier chapitre de l’histoire de Victorin commence en effet en ces termes :

Il y a environ soixante-dix ans, qu’un Jeune-homme du Dauphiné trouva le secret de voler (comme les Oiseaux, car il faut expliquer cela en français) ; et le motif qui lui donna un désir si vif de voler, ce fut l’amour[24].

Le narrateur joue volontiers avec les mots et les clichés, car l’on sait que l’amour donne des ailes, et du génie. En l’occurrence, fin observateur et astucieux ingénieur, Victorin parvient à se fabriquer des ailes mécaniques techniquement abouties, autorisant aussi bien l’élévation rapide dans les airs que l’atterrissage en douceur et les longs parcours horizontaux. Maîtrisant parfaitement les vols en toutes directions, le héros est en mesure de réaliser ses rêves d’être une cigogne et d’amener la belle Christine dans son nid[25]. Les oiseaux (cigognes, perdrix, oies, oiseaux migrateurs) et insectes volants (papillons-mouches[26] et papillons), sont omniprésents dans les premières pages : ils représentent la forme à imiter pour satisfaire ses désirs et plus encore le secret de la nature à percer pour être heureux.

L’abondante iconographie de l’édition de 1781 amplifie encore cette fascination pour l’imaginaire de l’oiseau, en montrant dès le frontispice un héros volant, doté d’ailes nervurées bien gonflées par le vent, et s’élançant avec la même allure que les deux oiseaux qui volent à l’arrière-plan de la gravure. L’illustration est longuement explicitée et commentée par un auteur soucieux de donner une version moderne, technicienne et naturaliste, au mythe icarien rapporté par Ovide. Le Dédale français, sous-titre de la fiction, est placé sous les auspices des rêves fabuleux d’évasion par les airs. Être oiseau, c’est être libre : Victorin doté d’ailes peut transgresser les interdits sociaux et épouser Christine que la stricte observance des convenances de classe lui refusait. C’est encore la perfection de leurs ailes imitées de la nature qui permet aux Christiniens de dominer le monde austral, qu’ils appréhendent d’en haut en planant au-dessus des espèces d’hommes-brutes. Les actions violentes s’en trouvent limitées au strict nécessaire à la préservation de leur vie. En règle générale, véritables apparitions merveilleuses, les hommes-volants fascinent les peuples déboussolés par leur étrangeté. Les héros usent à leur guise, d’une façon très calculée et rationnelle, de ce pouvoir d’apparaître comme des mythes vivants. Pour le lecteur de La Découverte australe dont l’œil est sollicité par les gravures, ces créatures ailées sont toujours dans le champ de vision : tantôt suspendues dans le ciel au-dessus des hommes-chevaux ou des hommes-grenouilles, tantôt cachées dans la végétation, ne laissant percevoir que leur bonnet en forme de parasol replié ou le manteau de leurs larges ailes, comme dans les illustrations des hommes-cochons ou des hommes-ânes. Ce sont donc bien des hommes-oiseaux que le texte rétivien nous donne à voir, non des Européens du XVIIIe siècle engoncés dans leurs habits peu adaptés aux mouvements rapides et souples de l’animal volant. Avoir des ailes est un privilège de Victorin et de ses descendants de sexe mâle : êtres transformés par l’adoption d’un attribut animal, ils en tirent une aura qui les rend digne des géants en dépit de leur petite taille. Le mariage du fils aîné de Victorin et de la grande Ishmichtris est célébré avec un jeune marié magnifié par sa cape d’ailes.

L’homme qui se fait oiseau par le génie de l’imitation technicienne, qui donc retrouve la meilleure part de l’animalité par les moyens de l’esprit actif et pratique et substitue ainsi une performance artificielle aux vertus naturelles sans mérite, acquiert une supériorité mythique. Il accomplit la destinée de l’homme qui se libère des entraves socio-historiques et des frontières politiques pour accéder au vrai savoir. Car l’homme-volant perfectionné, capable de monter jusqu’à la connaissance des origines, ne saurait se confondre avec l’homme-volant primitif qui est pourtant son modèle. Il est symboliquement très significatif que la confrontation des princes Christiniens avec les hommes-oiseaux n’intervienne qu’au bout du cycle d’exploration australe, dans l’une des dernières îles visitées[27], comme s’il fallait en effet attendre d’arriver au bout de l’inconnu pour voir la vérité en face. Or l’homme-volant de la nature est un ennemi dangereux, agressif et féroce, auquel il faut livrer un combat épique dans les nues avant d’entrer en force dans son île, à coups de canon. « C’était un peu s’écarter [du] plan de justice et de tranquillité », commente le narrateur, « mais tous les Hommes ont des passions[28] ». Que ces passions destructrices rejaillissent au moment de la découverte du double primitif est dans l’ordre des choses : l’inconscient fait son travail. Comme en écho centuplé à la scène de chasse presque anodine des premiers temps de la découverte australe par Victorin et Alexandre – qui avaient tué des oiseaux pour en faire un bouillon fortifiant[29]– le carnage aérien de la bataille des armées volantes se solde par la dévoration des hommes brutes, tombés dans la mer où de gros poissons-volants les mangent aussitôt[30]. Ce que les Christiniens volants découvrent à ce moment-là, par l’ingestion marine de l’homme-oiseau, c’est l’image vivante du cycle de la vie, inspiré du système du Tellliamed[31] : « Il paraît que la mer, dans ce canton du Globe, n’a été originairement peuplée que de Poissons-volants de toutes les espèces qui, en passant de l’eau à la terre sèche, ont tous retenu des ailes[32]… ». La créature plus avancée dans le processus d’évolution est définitivement ennemie de celle dont elle descend : les hommes-volants sont en guerre perpétuelle contre les poissons-volants, de même que les Christiniens sont traversés spontanément et comme instinctivement d’un accès de violence contre leurs homologues ailés[33]. Rétif a l’art de suggérer ces luttes parricides, par de simples allusions dépourvues de commentaires, par des anecdotes a priori superficielles et comiques (comme ces poissons-volants mangeurs d’hommes-volants). Il touche ainsi avec légèreté l’inconscient collectif et individuel, amusant le lecteur au moyen de spectacles fantaisistes tel celui de cette île des hommes-oiseaux, qui se révèle une île des créatures volantes.

Tous les animaux de cette île sont ailés : on y voit des moutons, des chèvres, des ânes, des chevaux, des cerfs, des lièvres, et jusqu’à des cochons : tout cela vole plus ou moins facilement ; il n’y a pas jusqu’aux serpents et aux grenouilles, qui n’y volent par élancements et par bonds[34].

S’y ajoutent des crocodiles et des hippopotames volants qui « ne se servaient de leurs ailes que pour accélérer leur marche en les étendant », car l’auteur sait varier les détails et feindre l’observation naturaliste. En remontant vers les origines, l’exploration atteint une vérité présentée comme savante bien qu’elle ait des apparences fabuleuses : l’homme vient de la mer, et l’évolution n’a pu se faire que parce que la vie marine était dotée d’ailes. La créature volante est donc à la fois l’origine de l’homme (l’envol marque le début de l’évolution) et la fin de l’humain (l’élévation retrouvée par l’intelligence, réalisant la perfectibilité de l’homme, est la voie d’accès à la vérité).

Lucidité des hommes à plumes

Que l’oiseau amplifie les capacités de connaissance et de clairvoyance de l’homme est un fantasme  récurrent chez Rétif : d’autres œuvres comme les Nuits de Paris[35] ou Les Posthumes en donnent la preuve par le texte et l’illustration par la gravure. Le frontispice du Spectateur nocturne, gravé par Antoine François Sergent[36], représente l’auteur coiffé d’un feutre plat à larges bords surmonté d’un hibou aux ailes déployées, symbole de l’espionnage nocturne de l’écrivain à l’affût des secrets de Paris :

Hibou ! Combien de fois tes cris funèbres ne m’ont-ils pas fait tressaillir, dans l’ombre de la nuit ! Triste et solitaire, comme toi, j’errais seul, au milieu des ténèbres, dans cette capitale immense : la lueur des réverbères, tranchant avec les ombres, ne les détruit pas, elle les rend plus saillantes ; c’est le clair-obscur des grands peintres ! J’errais seul, pour connaître l’Homme… Que de choses à voir, lorsque tous les yeux sont fermés[37] !

Selon la préface des Nuits, publiée en 1788, cette identification de Rétif au hibou remonterait à l’année 1767, date à laquelle il aurait commencé ses virées nocturnes à la recherche des faits intéressants et extraordinaires qui composeront le recueil. Dans l’introduction de La Découverte australe, a priori publiée en 1781, Dulis se présente déjà au je-ne-sais-quoi venu des terres australes comme l’auteur du Hibou[38]. Être doué de la vision nocturne d’un oiseau emblème de Minerve, comme il le fait remarquer dans la cent-cinquante-neuvième nuit, intitulée « Le bal de l’Opéra », est le fantasme d’un écrivain qui prend avec plaisir le masque de l’oiseau[39]. L’on comprend mieux que les hommes-de-nuit soient la première espèce brute rencontrée par les explorateurs des îles australes : ils sont le complément nécessaire des hommes diurnes et indispensables à la poursuite de la découverte du monde. Même s’ils ne participent pas directement aux explorations des princes, leur présence dans l’île Christine prend une valeur symbolique. L’animal nyctalope ouvre la vue des voyageurs-oiseaux. De nuit comme de jour. Il autorise l’accès à la connaissance.

Au fil de la Découverte australe, les hommes-volants approchent du secret de la nature, du plaisir et de la volupté bienheureuse, hors de tout péché : assistant en voyeurs aux ébats des hommes-ânes, des hommes-grenouilles ou des hommes-éléphants, ils s’ébahissent de la simplicité de leur bonheur sensuel, accordant à la nature cette fragile supériorité sur la civilisation. Les hommes-oiseaux de la lignée de Victorin, sans prendre tout à fait conscience des limites d’une idéologie du progrès, en ont au moins l’intuition : « hélas ! que leur donnerions-nous, quand nous parviendrions à les élever à notre degré d’intelligence et de raison[40] ! », déplore Alexandre en contemplant les hommes-ânes. Ainsi l’espèce humaine, qui a perverti la sexualité en y introduisant les notions de bien et de mal, n’est pas forcément la fin parfaite de la création. Les Posthumes, texte inspiré par les thèses illuministes de Cazotte, vont bien plus loin : au-delà de l’homme existent des créatures ailées supérieures. Le duc de Multipliandre, d’abord doté d’ailes mécaniques fort ressemblantes à celles de Victorin[41], poursuit ses aventures par le moyen d’une décorporation qui le fait aller de planète en planète. C’est ainsi qu’il fait l’expérience de réincarnations diverses, en poisson-volant puis en hippopotame-volant[42], mais c’est sur la planète Hiérax que les facultés aériennes sont portées à leur comble, car les corps s’y réduisent à une tête et des ailes, « à peu près comme on peint les Chérubins[43] ». Tous les êtres sont ailés, et tous y parlent la même langue, car les animaux y sont si parfaits « qu’ils conversent avec les hommes, et les hommes avec eux[44] ». Bien que l’homme d’Hiérax soit plus parfait que les animaux qui l’entourent, ceux-ci parlent aussi latin, anglais ou italien, et composent des poèmes qui surpassent ceux des meilleurs écrivains de France. Dans les imaginations rétiviennes, avoir des ailes donne une plume.

Par l’extra-lucidité du hibou ou la légèreté angélique qui le rapproche de l’esprit pur, l’être volant amène à une connaissance du monde inaccessible au commun des hommes : les mouches et mites solaires des Posthumes prétendent révéler le système du monde[45], tenant en haleine les lecteurs avides de comprendre l’infini. En définitive, chez Rétif, l’oiseau (auquel se substitue parfois l’insecte), avec toutes ses facultés d’observation et d’élévation, semble bien à l’origine du texte littéraire : n’est-ce pas lui, d’ailleurs, qui donne bien concrètement sa plume à l’écrivain ?

Le singe visionnaire, ou le double animal de l’écrivain

En frontispice de la Lettre d’un singe, qui fait suite à la Découverte australe, figure une estampe représentant « César de Malacca, singe-babouin-métis de la grande espèce […] assis devant une table où il écrit sa Lettre. Sa plume est dans sa bouche, une de ses mains sur son front[46] ». Ce singe n’est pas un animal fabuleux ; il n’a pas d’ailes mais en tenant une plume entre les lèvres, il parle le langage des hommes. Image du savant naturaliste dans son cabinet de travail, entouré d’animaux vivants ou portraiturés, il est un double de l’écrivain Rétif qui dans l’utopie australe et dans les Cosmogénies, qui font partie du paratexte, réfléchit à l’origine du monde et au sens de l’évolution. La gravure rappelle l’allégorie de la science qui sert de bandeau au premier discours de Buffon dans l’Histoire naturelle[47] : une jeune femme négligemment assise dans un cabinet de travail ouvert sur la campagne, la tête soutenue par son bras gauche accoudé sur la table où une grande plume est dressée dans son encrier. Elle lit, entourée d’animaux empaillés, d’autres conservés dans des bocaux, et de spécimens vivants, tandis que trois génies enfants s’affairent à arranger une autruche et des poissons naturalisés. Un singe empaillé, en haut à droite de l’image, paraît observer stoïquement la scène. Il est fort possible que Rétif ait eu en tête le dessin de De Sève quand il a commandé à Binet l’estampe frontispice de la Lettre d’un singe : l’intention parodique est sans nul doute soulignée par la présence du perroquet à la fenêtre, du chat espiègle sous le fauteuil, et de la galerie de tableaux de singes sur le mur du fond. Le personnage principal lui-même, représenté en singe naturaliste, n’est-ce pas Rétif imitant Buffon, mais pour le contredire ?

La « Dissertation sur les hommes brutes », placée juste après les notes sur la Lettre d’un singe, commence par une mise en doute des idées de Buffon sur l’espèce humaine :

Je crois que ce grand naturaliste s’est trompé : l’homme est originaire des climats chauds, c’est là qu’il est né ; c’est là seulement aussi que peuvent se trouver toutes les différentes variétés de l’espèce, telles que les hommes-de-nuit, les hommes-à-queue, les femmes-à-tablier ; les monopodes, et même les singes, qui approchent de l’homme, à peu près dans la même proportion que l’âne approche du cheval, toutes restrictions d’ailleurs observées[48].

Rétif ne cesse d’affirmer la continuité entre les animaux et les hommes, et ce n’est pas sans ironie qu’il mentionne dans une note que le singe dont il publie la lettre a « la modestie de convenir qu’il n’a pas d’âme[49] ». Or ce singe-auteur a une identité et une histoire curieuse, racontée en préambule par l’éditeur de la lettre : il est le fils d’une guenon de la grande espèce et d’un singe-homme, lui-même fruit de l’union d’une femme de Malacca et d’un babouin. Rejeté par son père, il doit sa survie au hasard et son éducation à Dulis (son éditeur), auquel l’émissaire des îles australes de qui l’on tient tout le récit du Dédale français l’a donné, et à « une dame riche » à laquelle son propriétaire en fit cadeau. César est donc ce singe auquel le début du roman faisait allusion dès les premières lignes parmi la ménagerie de la diligence de Lyon, et dont il était dit une page plus loin qu’il était « un être fort singulier[50] ». Le singe, que l’Histoire naturelle rejette hors de l’espèce humaine, et dont la symbolique fait un imitateur sans originalité, devient chez Rétif un être qui se distingue de tous les autres, irréductible à une espèce quelconque, revendiquant une fraternité avec l’ensemble des variétés de singes, et témoignant de son apprentissage de la pensée humaine au contact de Salocin-emde-fitér, autrement dit, de Rétif. S’il sait lire, écrire et penser, c’est parce qu’il a tout appris de son auteur avant de parfaire son éducation auprès d’une femme.

Ce singe qui n’est point une bête est le porteur de revendications sociales et politiques empreintes de la plus grande humanité : opposé aux ségrégations et aux exclusions, il emploie sa plume à un discours sur l’égalité des conditions. Révolté devant la méchanceté des hommes, il rédige une diatribe contre le dévoiement moral et social de la prétendue humanité : les hommes « ont établi qu’ils ne seraient pas égaux : qu’il y aurait dans la même espèce, des possédants-tout et des n’ayants-rien[51] ». L’injustice faite aux animaux, qui sont méprisés et exploités, s’étend aux hommes eux-mêmes, dont une partie (les nègres) est réduite à l’asservissement, tandis qu’une autre est condamnée à la pauvreté. César est donc un singe visionnaire, qui éclaire sur la situation politique de la France de 1780 et qui, en s’adressant à ses frères les singes, semble guider une prise de conscience populaire. Et comme Rétif déteste les allégories, sans doute faut-il lire au sens propre cette adresse d’un singe à ses semblables : un singe, à l’époque, c’est le « nom que les imprimeurs donnent aux compositeurs, parce que les compositeurs appellent les imprimeurs des ours[52] ». L’animalité imprègne positivement Rétif, ancien ouvrier typographe qui baigne toujours dans le monde de l’imprimerie : la métaphore s’est estompée au profit d’une identification qui semble au travers du personnage de César de Malacca se résoudre en une revendication d’identité.

Chez Rétif, la représentation de soi en animal paraît bien améliorer la clairvoyance socio-politique de l’écriture, autorisant l’auteur à s’engager dans des ouvrages au caractère prophétique. Aussi l’animalité n’est-elle pas un repoussoir dont l’homme devrait se débarrasser, mais elle est une aide pour mieux voir et mieux sentir le monde, mieux en jouir, y compris érotiquement, et produire une écriture capable de transformer ce monde. Toutes les formes animales contribuent par leurs potentialités à la réalisation d’une perfection humaine qui pourrait ne pas prendre l’apparence d’un homme, mais se glisser, par exemple, dans l’enveloppe corporelle d’un éléphant : dans Les Posthumes, la planète Argus offre ces spécimens qui feraient passer les meilleurs philosophes du siècle pour de petits raisonneurs[53]. Dans le système de la nature imaginé par Rétif, l’animal peut tirer l’humain vers le haut : César le singe, le Hibou et les oiseaux qui inspirent les rêves icariens montrent bien la voie d’une conception de l’animal qui pourrait encore ouvrir les yeux du lecteur du XXIe siècle.

BIBLIOGRAPHIE
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—    Nature et histoire naturelle dans les images des « hommes-bêtes » de La Découverte australe. In Études rétiviennes, 1999, n°31, pp. 29-48.
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—    La Philosophie de Monsieur Nicolas. Paris : Imprimerie du Cercle social, 1796.
—    Les Nuits de Paris, ou Le Spectateur nocturne. Londres [Paris], 1788-1794.
—    Lettres du tombeau, ou Les Posthumes, Lettres reçues après la mort du mari, par sa femme, qui le croit à Florence, par feu Cazotte. Paris : imprimé à la maison, se vend chez Duchêne, 1802, 4 vol.
WELLS, H. G. : The Island of Doctor Moreau [L’Île du Docteur Moreau]. Londres : Heinemann, 1896.


[1])  RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Découverte australe par un homme-volant, ou Le Dédale français. Leipsick, Paris. In Œuvres posthumes de N. ** * * ***, Œuvre seconde, La Découverte australe, ou Les Antipodes, avec une estampe à chaque fait principal, 1781, « Préface nécessaire », vol. I, p. 14.
[2])  Ibid., p. 16.
[3])  « Préface nécessaire ». In RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Découverte australe (Op. cit., vol. I), Cosmogénies ou systèmes de la formation de l’univers (Ibid., vol. III), Lettre d’un singe (Ibid., suite du vol. III), Notes sur la Lettre d’un singe, Dissertation sur les hommes-brutes et La Séance chez une amatrice (Ibid., vol. IV).
[4])  Les volumes sont illustrés de vingt-trois estampes que Stéphane Lojkine attribue à Louis Binet (voir le site Utpictura18).
[5])  Voir LE BORGNE, F. : Les gravures hybrides de La Découverte australe. In Études rétiviennes, 1999, n°31, pp. 11-27 ; LO TUFO, I. : La Découverte australe et la littérature de voyage. In Études rétiviennes, 2000, n°32, pp. 113-127 ; DESPOIX, P. : Transpositions parodiques : fonctions de l’illustration romanesque chez Rétif de la Bretonne. In FERRAND, N. (éd.) : Traduire et illustrer le roman au XVIIIe siècle. Oxford : Voltaire Foundation, 2011, pp. 265-285.
[6])  LO TUFO, I. : Nature et histoire naturelle dans les images des « hommes-bêtes » de La Découverte australe. In Études rétiviennes, 1999, n°31, pp. 29-48 ; DESPOIX, P. : Histoire naturelle et imagination littéraire : La Découverte australe, ou Rétif lecteur de Buffon. In Études rétiviennes, 2000, n°32, pp. 95-111.
[7])  Ou qui soulignait leur stérilité. L’ordre de présentation des espèces homme-animales dans La Découverte australe se fait à rebours de celui de l’Histoire naturelle de Buffon, preuve supplémentaire de l’intention de l’auteur de faire un Buffon à l’envers.
[8])  Dans La Physique de M. Nicolas, Rétif fait de L’École des Pères, du Nouvel Abeilard et de La Découverte australe des « ébauches de [son] système de physique » (RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Philosophie de Monsieur Nicolas. Paris : Imprimerie du Cercle social, 1796, vol. 2, p. 111).
[9])  RÉTIF DE LA BRETONNNE, N.-E. : Lettres du tombeau, ou Les Posthumes, Lettres reçues après la mort du mari, par sa femme, qui le croit à Florence, par feu Cazotte. Paris : imprimé à la maison, se vend chez Duchêne, 1802, 4 vol.
[10])  Le même fantasme hante le Docteur Moreau qui dans l’isolement de son île maudite accélère le processus de l’évolution pour transformer les bêtes en hommes (voir WELLS, H. G. : The Island of Doctor Moreau [L’Île du Docteur Moreau]. Londres : Heinemann, 1896).
[11])  BERKMAN, G. : La Physique de Monsieur Nicolas ou l’incertain roman de la génération. In Études rétiviennes, 1998, n°30, pp. 7-24 ; BRUNET, M. : Politique et poétique de l’hybridation : La Découverte australe, ou la naissance du Hibou. In Études rétiviennes, 2001, n°33, pp. 25-38 ; LOTY, L. : L’invention du transformisme par Rétif de La Bretonne. In Alliage, juillet 2012, n°70, pp. 31-46 ; CASTONGUAY-BELANGER, J. : La fabrique du vivant : procréation artificielle et ordre social dans le roman de la fin du XVIIIe siècle. In PASCHOUD, A. – VUILLEMIN, N. (éd.) : Penser l’ordre naturel, 1680-1810. Oxford : Voltaire Foundation, 2012, pp. 137-156.
[12])  RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Découverte australe. Op. cit., vol. I, p. 184.
[13])  Ibid., vol. II, p. 260.
[14])  Ibid., vol. II, p. 264.
[15])  C’est une pique contre la théorie de la bonté originelle de l’homme avancée par Rousseau.
[16])  RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Découverte australe. Op. cit., vol. II, p. 405.
[17])  Ibid., vol. II, p. 429.
[18])  Ibid., vol. II, p. 292.
[19])  Ibid., vol. II, p. 375.
[20])  De telles unions forcées rappelleraient la technique du viol systématique utilisée dans les guerres ethniques.
[21])  RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Découverte australe. Op. cit., vol. II, pp. 343-344.
[22])  L’idée d’Alexandre de récupérer les peaux des hommes-castors morts naturellement pour en faire le commerce nous paraît aujourd’hui terriblement choquante (Ibid., vol. II, p. 321).
[23])  Ibid., vol. II, p. 268.
[24])  Ibid., vol. I, p. 39.
[25])  Ibid., vol. I, p. 47.
[26])  Il s’agit des sphinx.
[27])  La dernière espèce découverte est celle des hommes-tigres. Les hommes-oiseaux les précèdent immédiatement.
[28])  RÉTIF DE LA BRETONNNE, N.-E. : La Découverte australe. Op. cit., vol. II, p. 418.
[29])  Ibid., vol. I, p. 185.
[30])  Ibid., vol. II, p. 418.
[31])  DE MAILLET, B. : Telliamed ou Entretiens d’un philosophe indien avec un missionnaire français. Amsterdam : Honoré et fils, 1748. Rétif cite explicitement le Telliamed comme une des sources de son système du monde.
[32])  RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Découverte australe. Op. cit., vol. II, p. 423.
[33])  Ils s’étaient munis de piques pour repousser l’adversaire, contrairement à leur habitude.
[34])  RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Découverte australe. Op. cit., vol. II, p. 422.
[35])  RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : Les Nuits de Paris, ou Le Spectateur nocturne. Londres [Paris], 1788-1794.
[36])  Selon Stéphane Lojkine, sur le site Utpictura18.
[37])  RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : Les Nuits de Paris. Op. cit., 1788, t. 1, p. 3.
[38])  RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Découverte australe. Op. cit., vol. I, p. 30.
[39])  Le frontispice le représente dans le déguisement qu’il porte lors du bal masqué, sauf que le visage de Rétif n’est pas caché sous le bec de l’oiseau de nuit.
[40])  RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Découverte australe. Op. cit., vol. II, p. 359.
[41])  Voir la lettre 84. In RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : Les Posthumes. Op. cit., t. 2, p. 21.
[42])  Voir la lettre 211. Ibid., t. 3, p. 195.
[43])  Voir la lettre 269. Ibid., t. 4, p. 42.
[44])  Voir la lettre 270. Ibid., t. 4, p. 47.
[45])  Voir les lettres 288 à 292.
[46])  RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Découverte australe. Op. cit., suite du vol. III, p. 18.
[47])  Dessinée par Jacques de Sève et gravée par Dominique Sornique, l’allégorie est insérée dans BUFFON, G.-L. LECLERC, comte de : Histoire naturelle générale et particulière. Paris : Imprimerie royale, 1749, t. 1, p. 3.
[48])  Dissertation sur les hommes-brutes. In RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Découverte australe. Op. cit., vol. IV, p. 139.
[49])  Notes de la Lettre d’un singe. In RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Découverte australe. Op. cit., vol. IV, p. 97.
[50])  RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Découverte australe. Op. cit., vol. I, p. 33.
[51])  Lettre d’un singe. In RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : La Découverte australe. Op. cit., suite du vol. III, p. 31.
[52])  MOMORO, A.-F. : Traité élémentaire de l’imprimerie, ou manuel de l’imprimeur. Paris : Momoro, 1793, p. 308.
[53])  Voir la Lettre 257. In RÉTIF DE LA BRETONNE, N.-E. : Les Posthumes. Op. cit., t. 4, p. 36.

Florence Boulerie
Université Bordeaux Montaigne
CEREC (Centre de Recherches sur l’Europe Classique, XVIIe-XVIIIe siècles)
CLARE (Cultures, Littératures, Arts, Représentations, Esthétiques – EA 4593)
UFR Humanités
Domaine universitaire
33607 Pessac Cedex


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